1976 - Jonas qui aura vingt-cinq ans en l'an 2000 > Dossier médias > Analyse
Analyse Critique Contexte Par A. Tanner

 

Analyse de Frédéric Bas

Avec "La Salamandre", "Jonas qui aura vingt-cinq ans en l’an 2000" est le film le plus célèbre d’Alain Tanner, celui aussi qui fixa quasi définitivement pour le public une certaine signature du cinéaste : mélange de gravité et d’humour sur fond de critique sociale, utopie douce-amère de personnages livrés à leurs pensées et à leurs fantasmes dans un monde qui n’est pas toujours fait pour eux. Or, il y a dans ce jugement sur le film et le cinéaste un risque de malentendu : comme le rappelle Serge Daney dans un texte essentiel sur le film, « "Jonas qui aura vingt-cinq ans en l’an 2000" n’a rien d’une "fiction unanimiste" de gauche, lieu de résorption des luttes sociales au nom de la nostalgie camarade. Si le film enregistre les états d’âme, les rêves de la génération 68 sans violence et sans haine, ce n’est aucunement pour en faire un tableau rassurant, pour faire des militants d’hier des figures sympathiques ; mais plutôt pour souligner la blessure secrète et peu exhibée d’une série d’êtres assez irréductibles à l’ordre social pour ne pas se prêter à la sacro-sainte règle du conflit ouvert. Les huit "Ma" du film luttent avec leurs armes propres qui sont rarement politiques, mais appartiennent toutes à leur part d’enfance, espace de jeu et de liberté infini que le système ne peut récupérer. Cet éloge de l’enfance irréductible au sein de la génération 68 est une des morales du film : "Jonas" est un film didactique sans leçon, un film encyclopédique sans conclusion, un film libre. »

Alain Tanner - "Ciné-Mélanges" Editions du Seuil - www.seuil.com - 2007

Mise à jour le Vendredi, 07 Octobre 2011 07:56